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Troisième jour, sept heures du matin. Prend plaisir à lire en mon lit « Belle du seigneur ». Qu’elle prose ! Recherche déjà la tienne sur le web. Je sais tout ce que je ne retrouverais pas ? Toi, et tout ce qui fait que tu es toi, singulière, unique.
Recherche la trace de ton rouge à pipe sur mes verres.
Recherche le regard des autres, des femmes surtout, plongeant dans le nôtre, nous dévisageant l’un et l’autre, l’un ou l’autre, si directement, sans pudeur aucune. Sentir notre amour si fort, si sauvage qu’il semblait distiller violement une odeur fauve, directement perceptible par tout autre male ou femelle en quête d’amour, en période de rut, ou simplement aimante. Animalité que la nôtre faisant, s’abandonnant, se donnant sans retour. Ne pas vouloir se laver après acte afin de conserver tous les effluves, sueur, sperme. Marcher ainsi, en corps nus, main dans la main, dans les rues de Paris à la recherche d’un vers.


L’art et l’argent… La presse artistique contemporaine accorde une place rédactionnelle sans précédente aux résultats des ventes aux enchères, aux envolés des prix, aux records sans cesse battus.
Parrallèlement, elle s’interroge inlassablement sur le peu de présence d’artistes français dans ce vaste jeu de Monopoly qu’est devenu la scène artistique internationale.
Le jeu de Monopoly inspiré d’un autre jeu, “The Landlord’s Game” (“Le Jeu du Propriétaire”) breveté en 1904, a séduit et séduit toujours en permettant de “faire fortune rapidement” et ce, malgré l’alternance de périodes de crise et de prospérité ! Ce jeu de société, le plus populaire au monde, a fait de Charles B. Darrow le premier inventeur de jeux au monde à être devenu millionnaire. Dans ce Monopoly qu’est actuellement le monde de l’art, les noms des rues ont été remplacés par ceux des artistes contemporains, et, comme de bien entendu, seul les détenteurs des règles de ce nouveau jeu sont quasiment assurés de faire fortune. A la différence du Monopoly, ce nouveau jeu nécéssite des réimpressions constantes afin de suivre les fluctuations du marché. C’est ce à quoi se livre avec délectation les médias s’intéressant non plus seulement au monde de l’art, mais aussi à ce nouveau jeu dont il se font l’écho pour ne pas dire le support sans lequel nous ne pourrions y jouer. Aller à l’encontre des règles se fait de plus en plus rare telle l’emprise du jeu est grande.
Pourtant comment ne pas s’interroger face au paradoxe que stygmatise aujourd’hui le marché de l’art, celui qui fait de l’artiste et du milieu de l’art la vitrine des grandes fortunes ? Comment ne pas être désabusé de voir l’art, la culture, être l’épiphénomène d’un monde de tous les extrêmes, social et matérialiste, que la majorité d’entre nous dénonce si fortement par ailleurs ? Comment pouvons nous déjouer toutes interrogations face à une complicité de fait ? L’art contemporain est-il aujourd’hui le complice, si ce n’est l’allié alliéné, d’un monde sans scrupule, aveugle, sourd et égoïste ? Est-il à cette image là ?
Je suis triste et j’ai même franchement honte de voir l’art, par quoi je vis et par qui je pense, être au centre de l’intérêt de gens qui majoritairement se contrefoutent du reste du monde, de la santé de notre planète. Je m’interroge, je doute. Où en est cette espace de liberté, de résistance ? La complicité entre l’art et l’argent a toujours existé, entre la culture et la dictature jamais ! Y a t’il dictature économique ?
Un enfant dans le monde meurt d’extrême pauvreté toutes les trois secondes ! Un rappel en forme de thérapie auquel peut se rajouter une longue liste d’indignités. Liste parfois érigée en œuvre d’art, je pense tout particulièrement à l’édifiante vidéo « Marocaine à deux dimensions » de Brahim Bachiri, liste en forme de rappel implacable de notre complicité. Une liste semblable à du télétexte, à un sous-titrage de l’actualité. Informés, nous somme témoins. Innactifs, nous sommes complices.
La complicité entre l’art et l’argent a toujours existé. Complicité certainement déjà dangeureuse du temps des papes, rois et princes, élisant les forts, éliminants les faibles : reconnaissance certainement impossible en ces temps là pour des artistes tels Van Gogh ou Bram van Velde. En ces temps là, il fallait simultanément savoir respecter les conventions, l’image du pouvoir, et altérer les conventions, le pouvoir de l’image.
La complicité de l’art et l’argent aujourd’hui s’inscrit-elle dans les mêmes alternatives ? Peut-on, dans un même temps, respecter les conventions du marché et les altérer ? Qu’est ce que l’image du pouvoir aujourd’hui ? Quand est-il du pouvoir de l’image ? Y a t’il de la place pour les artistes inaptes au marché ?
Si l’art est un acte de résistance, qu’elle attitude et forme, intimiste, conceptuelle, sociale ou politique, de résistance peut-on avoir ? Où se situe la résistance ?

Participer au jeu et goûter aux joies perverses de la complicité ne nous interdit pas d’être dans un même temps traitre à ce jeu. Nous aussi, gens de l’art, avons droit au privilège doux et amère de la lâcheté, de cracher avec volupté et dégout dans la soupe, enfin, de rester vivant, libre et plus que jamais résistant, sale mais résistant !

Hervé Perdriolle, septembre 2005



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